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Samurai Bond ivoirien : percée historique ou pari risqué pour la zone UMOA ?

Posté le 19 septembre 2025 par Excellence Afrik
Contributions & Analyses
Samurai Bond ivoirien : percée historique ou pari risqué pour la zone UMOA ?

Samurai Bond ivoirien : percée historique ou pari risqué pour la zone UMOA ?


Par Prosper Ifèdé ALAGBE, président du réseau 2i-Afrique & fondateur de FoFoMentor.com

Senior Lead Risk Manager – ISO 31000


(Excellence Afrik) - Le 17 juillet 2025, la Côte d’Ivoire a marqué l’histoire financière africaine en devenant le premier pays d’Afrique subsaharienne à émettre un Samurai Bond de 50 md de yens (336 MUSD) levés à un taux fixe de 2,3 % sur 10 ans, avec une garantie de la Japan Bank for International Cooperation (JBIC) et un label ESG. Cette nouvelle opération intervient après un euro-bond de 1,75 md USD en mars 2025 et une émission de 220 Md FCFA libellés en franc CFA et remboursables en euros sur le marché international (une autre première dans l’histoire financière africaine).


La Côte d’Ivoire bénéficie donc actuellement de plusieurs succès qui s’inscrivent dans une stratégie globale de diversification des sources de financement du pays. Cette réussite ivoirienne repose sur plusieurs piliers :


Un cadre macroéconomique crédible : croissance prévue à 6,3 % en 2025, dette contenue à 58,1 % du PIB.

 Une diplomatie économique active (roadshow au Japon).

 Une stratégie ESG claire, alignée sur les normes ICMA.

 Et surtout, le soutien de la JBIC, institution notée A+, qui a réduit la perception du risque.


Toutefois, cet exploit ivoirien au Japon s’accompagne de risques à ne pas négliger :

 Un risque de change significatif : en effet, les recettes de l’État ivoirien sont en francs CFA,

Mais la dette est libellée en yens. En cas de fluctuation défavorable JPY/USD, ou JPY/EUR, le coût réel du remboursement pourrait exploser. Pour rappel, il n’existe pas de parité directe officielle entre le yen japonais (JPY) et le franc CFA BCEAO (XOF). En pratique, le taux JPY/XOF est obtenu indirectement par croisement via une devise pivot, généralement l’euro (EUR) ou le

dollar américain (USD). Depuis deux ans, le taux indirect JPY/XOF a globalement oscillé entre environ 3,75 et 4,23 XOF pour 1 JPY. Le taux moyen reste stabilisé autour de 4 XOF pour 1 JPY, mais les fluctuations observées (± 5 % environ en 2025) exposent clairement la Côte d’Ivoire à un risque de change non négligeable


 Un risque opérationnel à surveiller : conformité ESG stricte, suivi technique exigeant.

 Un risque de réputation à considérer : un mauvais usage ou une mauvaise traçabilité des

fonds pourrait affecter la crédibilité d’Abidjan.


 Une dépendance à une garantie externe avec ses propres contraintes : sans la JBIC, l’émission aurait été bien plus coûteuse. Mais cela n’est certainement pas gratuit. Une question centrale se pose après cet exploit ivoirien : les autres pays de l’UMOA peuvent-ils suivre le même chemin ?


La réponse est oui, mais sous certaines conditions strictes :

 Stabilité macroéconomique et notation souveraine crédible.

 Projets ESG identifiés et bien structurés.

 Compétences juridiques et financières internes.

 Accès à des partenaires financiers garants crédibles et bien notés.

 Diplomatie économique proactive.


Parmi les pays qui peuvent aussi prétendre au Samurai Bond figurent :

 Le Sénégal qui bénéficie d’un fort taux de croissance, d’une expérience des marchés

internationaux et d’un portefeuille ESG structurable (mais sa dette élevée et les tensions

politiques récentes limitent ses marges).

 Le Bénin, plus petit économiquement, affiche une rigueur budgétaire saluée, une bonne notation.

souveraine, et a déjà émis avec succès un Green Bond, preuve de sa capacité technique et de

son engagement sur les thématiques ESG.


Toutefois, il reste peu visible diplomatiquement en Asie, ce qui pourrait limiter l’accès à des

partenaires comme la JBIC. En outre, les arrestations d’opposants et de journalistes rapportées

ces dernières années pourraient nuire à sa crédibilité sur le plan des critères ESG, notamment

sur le pilier gouvernance (G), devenu central pour les investisseurs internationaux.


Les deux pays (Sénégal & Bénin) pourraient émettre des Samurai Bonds dans un format réduit et

accompagnés, mais ils devront structurer leurs projets ESG de manière rigoureuse et mobiliser un

soutien multilatéral pour sécuriser des garanties.

La Côte d’Ivoire reste donc à ce jour un cas pionnier difficile à égaler sans une forte préparation.

L’exploit ivoirien pourrait néanmoins servir de tremplin pour renforcer la présence UEMOA sur les

marchés obligataires asiatiques.


Pour conclure, l’émission du premier Samurai Bond ivoirien est un signal fort de la capacité des

économies africaines à s’intégrer dans les circuits financiers mondiaux alternatifs. Mais la scalabilité de

ce modèle suppose des prérequis exigeants, notamment solidité macroéconomique, rigueur ESG,

expertise technique, et diplomatie ciblée.

Pour les pays de l’UMOA, cette opération doit être perçue non comme une formule à copier, mais

comme un cap stratégique à viser, dans une logique de différenciation et d’innovation financière

maîtrisée



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